Voyage hors du temps en Corée du Nord

20 10 2009

Ryugyong_memorialPar Arnaud de la Grange, envoyé spécial à Pyongyang, (Le Figaro 20/10/2009)

Parcourir la campagne nord-coréenne, c’est un peu se promener dans un tableau de Poussin, où la paysannerie du XVIIe siècle s’affaire paisiblement à récolter le blé ou le raisin. Sur le vert tendre des rizières ou le brun grillé des champs de maïs passent des silhouettes de femmes portant sur le dos des sortes de hottes formées d’un cadre de bois triangulaire, que, même à Pyongyang, l’on vous montre dans les musées. En 2009, dans ce bout d’Asie de l’Est communiste, on repique le riz à la main, la bête de travail est un luxe, le tracteur un rêve. Dans les provinces traversées lors de deux incursions vers l’Ouest et le Sud, toutefois, les champs sont bien entretenus et les villages en apparence guère plus misérables que dans bien des pays de la région.

La règle de ce voyage dans le pays le plus fermé de la planète – se fondre dans le paysage comme l’un des rares touristes le visitant – impose bien sûr une vision singulièrement tronquée d’une Corée du Nord où la propagande est érigée au rang de discipline artistique. On ne voit que ce que l’on vous montre, et ce que l’on peut glaner dans les interstices. Pyongyang, cette fois, donne plutôt l’impression d’un voyage à Sofia ou à Minsk dans les années 1950. Les bâtiments, le tramway, les boutiques en sous-sol des immeubles, tout sent les grandes heures de l’économie planifiée. Pour autant, ce n’est pas cette image caricaturale d’une ville où des hordes de citadins efflanqués et déprimés hantent de grises rues. Au contraire, il se dégage de la «ville des saules» une étonnante impression de calme, avec un air dont les rares voitures ne suffisent à altérer la pureté, de vastes avenues arborées et des rues où les seules agressions publicitaires sont les fresques à la gloire du régime. On y croise des cadres en costume, des femmes à la rassurante et universelle coquetterie, des couples qui flirtent dans les parcs ou le long des rives du fleuve Taedong. Bien sûr, Pyongyang est une vitrine, et les carreaux sont plus sales dans les bourgades de province, voire dans les rues excentrées de la capitale. Et il y a aussi ces longues files de citadins fatigués attendant des bus asthéniques, ces vieilles dames courbées sous le poids d’un sac de toile contenant tous leurs trésors…

…La Chine, avec qui se font plus des trois quarts du commerce, reste bien le poumon du pays. C’est pour cela qu’il y a dix jours, le «Cher Leader» est venu lui-même à l’aéroport accueillir le premier ministre chinois, Wen Jiabao, avant de tenir en sa présence des propos plus conciliants sur le nucléaire. Les Chinois avaient été passablement irrités des dernières frasques atomiques d’un protégé, qui risquaient de leur faire perdre la face. Sous peine de voir la perfusion chinoise s’étrangler, Kim Jong-il devait donner des gages. D’autant que l’hiver approche, avec de cruels besoins en pétrole ou nourriture. Régi depuis quinze ans par des cycles de tensions suivis de laborieuses tractations, le grand jeu diplomatique autour de la Corée du Nord est aussi une affaire de saisons.

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